jeudi 18 juillet 2013

Les plantes jaunissent. Chaleur écrasante à Paris. L'herbe du champ de mars, éprouvée à la fois par la foule du 14 juillet et la canicule inopinée, a rendu l'âme, aplatie en une vague étendue desséchée. Je lis sur mon balcon, mon chaton à mes pieds, jette un oeil aux expos avant d'en finir avec Paris pour presque un mois. Je traverse la BNF, le Louvre, la filmothèque, la Cité de l'architecture et dîne sur la terrasse de M., dans le 7ème arrondissement. Je quitte ma psy, le lundi et le jeudi en me sentant vaguement coupable, je retourne à mes occupations : pérégrinations et dérive, musées et lecture et la laisse à ses patients, clouée dans son cabinet, face à sa bibliothèque immobile et au divan râpé. L'été est là, je ne veux pas le louper.

jeudi 18 octobre 2012

Mon thé refroidit. Tout d'un coup ça me frappe. Je ne sais plus si je t'aime. Il y a nos photos devant moi : nous souriant pas très loin du Ponte Vecchio (il y avait du vent ce jour là et nos cheveux en pagaille nous donnent l'air d'aventurier), toi lors d'une soirée chez des amis, souriant, repus, en clair-obscur, nous, plus jeunes, entourés de notre barda et passablement sales d'avoir voyagé tant d'heures, à Hanoï. Je ne sais plus si je t'aime, mais, pire, je ne sais pas si tu m'aimes encore - au fond de moi une petite voix lucide m'assure que tu aimes celle que j'étais à 22 ans. 

Je ne suis plus que l'ombre de cette Lola là. Elle a été emportée, non pas dans le tourbillon de la vie - ce serait trop beau, mais par les taxes d'habitation, les pass navigo qui ne marchent pas sur la borne de droite à la station Volontaires, les élèves qui n'écoutent rien et les collègues de mauvaise humeur. Je me prépare à te le dire. Est-ce que tu le prendras sur le même ton que lorsque j'oublie de préciser "pas trop cuite" à la boulangère quand je lui achète une tradition ? Nos habitudes. Il y a encore trois jours je les chérissais, c'est ce qui nous donnait de la substance, le sentiment que le temps passe, non ? Quelque chose à raconter aux dîners chez les amis. "Nous on aime la boulangerie qui fait l'angle entre la rue Plumet et la rue Bargue". "Nous on a adoré cette mise en scène du Tartuffe ! Vraiment, allez y !". Nous. On s'est dissout dans ces déclarations creuses et débiles, et il a suffit d'un peu de quotidien, d'un emmerdement trivial de plus qui allait justifier une discussion sur un site de rencontre, comme ça, pour s'amuser, laisser passer une heure en s'oubliant, le genre de manoeuvre mesquine, digne d'une Bovary, que j'aurai raillé deux semaines avant. Avant que la somme des jours se transforme en une masse informe d'ennui et de banalités.

Tout d'un coup j'ai su que je n'avais pas envie de passer la nuit avec toi, pas envie de lover mon corps contre le tien sinon par tendresse presque fraternelle, et, de toutes façons, aucun goût pour retrouver nos étreintes, qui à un moment, entre Hanoï et Paris, je m'en souviens, ont été effrénées. Il a suffi d'une discussion avec un anonyme - peut-être qu'il n'avait pas l'âge qu'il se donnait, peut-être que ce n'était même pas un homme, peut-être qu'il ne pensait pas un mot de ces lignes de 1 et de 0 qui, sur mon écran, reconstituaient des phrases qui me donnaient des palpitations, arrachant mon coeur en le déplaçant de l'enclave, au sein de ma poitrine, où il s'était mis à battre, sans que je m'en aperçoive vraiment, d'une litanie monotone. Une petite musique : celle des habitudes, qui viennent emmailloter la passion. J'étais, d'un coup, d'un seul, comme retenue par un lien intangible à mon ordinateur, à cette petite fenêtre de discussion alors qu'à 20 cm s'étalaient les copies, en pile chancelante, et que je ne corrigerais toujours pas ce soir - j'attendais en m'en foutant les regards déçus des 4è B le lendemain. Le temps d'une conversation, je n'avais pas touché terre, et c'est là que je compris que nous deux, mous et défaits, on s'accrochait au plancher des vaches car au fond de nous on savait très bien qu'il n'y avait plus rien d'autre à explorer que les contours du quotidien.

mardi 25 septembre 2012

Ca fait deux heures. Ca fait deux heures que je me retiens, que je ne lui écris pas de mail, que je ne compose pas son numéro, que je n'envoie pas de texto comme pour faire un signe de vie alors qu'il n'a de toutes façons pas répondu à celui que je lui avais envoyé hier. Ca fait deux heures que je pense à lui dans le vent. Parfois je m'invente des excuses: "il est très occupé, il doit avoir du travail aujourd'hui!", et parfois je m'invente carrément de grosses excuses. Disons le franchement, je me fais un film : "il attend la fin de ta journée pour te raconter absolument tout ce qui lui est arrivé, aura occupé ses pensées, le film qu'il est allé voir ce week end, il veut savourer ce petit contact, ne pas l'expédier entre deux courriers, deux discussions vaines de bureau à propos du dernier épisode de Breaking Bad". Ca aide l'imagination. Ca aidait au CE2. Mais ça aide toujours à 21 ans, quand on est en plein tourment amoureux. C'est ça ou s'étouffer avec sa tristesse et affronter la réalité en face : tu ne vaux rien et/ou tu ne lui plais pas. Pas maintenant, pas tout de suite. Pas comme il faut. 

Ca fait deux heures que ma vie est arrêtée, que j'ai la truffe vibrante et à l'affût, avant de sortir assister à mon cours de droit des obligations, je me mets en retard en chargeant une dernière fois gmail, après je cours en remerciant le ciel d'avoir une heure et demie de cours, 20' minute de trajet à l'aller et autant au retour. Franchement qui n'a pas le temps d'écrire un petit mot en 2h10 ? Mettons 2h20 le temps de dire au revoir. Il est large là ! La réalité c'est que je me force à aller en cours et suivre mes études, pas pour faire quelque chose de ma vie, avoir un diplôme ou la conscience tranquille, mais pour combler le temps entre deux de ses apparitions de ma vie. Je suis dévorée par la passion, et le droit vient calmer mes ardeurs. 

Ca fait deux heures que j'essaye de garder la tête haute, espérant, aussi, conjurer le sort, et je n'ai aucune idée du moment où je ne vais plus y arriver, de la seconde précise où je vais m'effondrer, ou je vais simplement baisser la garde, faire quelque chose de stupide, contraire aux règles, où il deviendra évident pour tout le monde que mes pas sont tristes, et mon coeur à la dérive. Ca fait deux heures que j'essaye de me convaincre que tout va bien, que tout seul, au moins on se ballade, qu'à deux, le problème c'est qu'on va toujours quelque part.

jeudi 9 août 2012

Lou déboulait dans le café. Pourquoi cette fille ne pouvait pas faire les choses à la même allure que tout le monde, je ne me l'expliquais pas. Elle semblait avaler frénétiquement le monde, ses copines, les livres qu'elle lisait, les soda qu'elle s'envoyait (avant de décréter qu'elle aimait seulement le tonic), au moins elle avait le charme et la délicatesse de nous emmener avec nous dans son tourbillon. Il faut dire que c'était dur d'y résister. J'étais le premier surpris. Une fois qu'elle était entrée dans ma vie, je n'avais aucune bonne raison de l'en déloger, car auprès d'elle, enfin, la vie était frémissante, excitante, quand on se retrouvait "de 5 à 7", les heures passaient, et d'un coup d'un seul, il était 3 heures du matin, elle filait comme elle était venue, enfilant ses souliers sans les délacer, fermant la porte gentiment, mais dévalant l'escalier (j'entendais son sac battre contre sa hanche à chaque palier). Le lendemain, pas plus tard que 14h, un message quelconque, une photo stupide de ses pieds sur un des livres qu'elle devait lire pour ses cours, venait me distraire dela torpeur dans laquelle le travail m'avait jeté, et l'après-midi était perturbé par sa présence en tâche de fond. Si elle s'efforçait de ne suivre aucune règle, je m'en donnais généralement un tas, et, y compris quand j'aurai aimé cédé à la sensiblerie que suscitait chacune de ses petites manifestations de vie, je me donnais l'air pressé et important de celui qui s'en fichent de ses gamineries. Mais je comptais les heures qui me séparaient des retrouvailles, consultait, fébrile et amusé, les déclarations épatantes de bonne humeur qu'elle m'envoyait : de la bibliothèque, de sa salle de bains, ou du métro qui l'amenait chez moi. Elle arriverait à nouveau échevelée, des livres sortant de sa besace, parfois avec un demi-pain au chocolat à la main, et, en fin de soirée, je n'aurai qu'à regarder les miettes qu'elle aura laissée dans la maison, pour me souvenir qu'elle était passée, avec ses soucis, sa tendresse toute pure qu'elle ne me faisait pas payer et le parfum ambré qui imprégnait les long pull over qu'elle aimait porter sur des robes toujours un peu trop courtes pour elle.

samedi 19 mai 2012

with no one at the wheel

Et il y avait des matins sans aucune importance. Le soleil se levait, Lou non. Elle demeurait. Demeurée. Clouée au lit, le corps étendu, des talons au sommet du crâne, fixant le plafond vide et blanc. Personne ne l'attendait nul part, ou du moins ne le réalisait-elle pas. Les minutes passaient, soudain il était 10h, elle fondait alors en larme, désespérée. Que faire quand rien n'a d'importance ? Quand on a l'impression que rien n'en aura jamais plus ? L'une après l'autre, les journées passaient en se ressemblant, toutes aussi blafardes l'une que l'autre, comment reformer, réformer le temps. Lou n'avait même plus la force de se tirer hors du lit, elle y régnait en maître, ces 3 mètres carrés étaient sa seigneurie, elle en connaissait le moindre recoin, son ilôt de tristesse, son refuge, un poison et un remède. 

Voilà. Les jours passaient et en quelques lignes, on a tout dit. Lou, au désespoir, attendait. Que le temps passe, que la nuit vienne l'étreindre. Parfois il y avait des insomnies. Mais au moins, la nuit on est pas censée faire quelque chose. Et on est censée être au lit. Alors les jours s'amoncelaient, tout d'un coup ce serait son anniversaire. Tout d'un coup, pour nous, qui l'observons, c'est faux. Plutôt au bout de semaines et semaines et mois durant lesquelles elle était capturée et se donnait toute entière à une cause : cette tristesse magnifique, épouvantable, qui la dépassait et qu'elle avait presque fini par admirer. Elle était si tenace, irrésistible et imparable : comment ne pas en rester subjuguée ?

Elle aussi avait été tenace, imparable et irrésistible. Mais ça, c'était avant, avant d'être engloutie. Ca ne lui revenait même plus vraiment. A part quand elle voyait chez les rares interlocuteurs qui pensaient encore la retrouver : cette lueur chez Apolline, quand elles étaient toutes les deux assises au café habituel. Apolline s'attendait à trouver Lou grinçante, amusante et rieuse, alors que Lou, était arrivée en retard, non pas parce qu'elle courait de la bibliothèque aux cours d'art dramatique du conservatoire comme elle le faisait avant, mais parce qu'elle avait pondéré depuis le matin, voire depuis la veille, la nécessité de s'habiller, d'étendre ses jambes, qu'elle pensait même plus capable de soutenir sa cinquantaine de kilos, à force d'être prostrée, de prendre un bain, bref, de se rendre, nous dirons, présentable. Mais tout ça, Apolline n'en savait rien. Tout juste pouvait-elle le deviner : Lou n'était pas allée au bout de la mascarade, ses cheveux étaient vraiment trop emmêlés pour que cela soit volontaire, son chemisier avait l'air de la blouse déjà sale qu'on passe à la hâte et par devoir, un peu rageusement, pas parce qu'on avait envie de la porter mais par pure nécessité.

La nécessité et le contingent. Voilà ce qui organisait l'existence de Lou à présent. Tout était contingent, sans importance : se laver, se nourrir, se distraire, bavarder. La nécessité apparaissait toujours trop tôt, par surprise, criante d'absurdité dans ce désastreux emploi du temps. Sa gestion du temps était inexistante, elle l'avait toujours été – et cela amusait beaucoup ses parents, les amis de ses parents, puis ses amis à elle, qui se ravissaient d'avoir parmi eux une créature si fantasque, libérée de tout même des horaires, mais puisqu'à présent Lou avait délié son existence de tout rendez vous, auquel, précisément, se rendre et déposer son sort, de tout projet, dans lequel s'engager et être présente, bref, Lou était déchargée à la fois de tout avenir et de toute réalité, sa gestion du temps était proprement inexistante à présent car il n'y avait tout simplement plus rien à gérer. Rien du tout si ce n'est des heures de coucher, une alimentation sommaire, et des heures d'inertie. A part quand il fallait masquer la tristesse lors de l'occasionnel sommet social, fût-ce un café avec une vieille amie dans un vague troquet, l'anniversaire d'un parent proche en petit comité, ou les soirées sans conséquences où elle et son chagrin auraient aimé ne pas être invitées, soirées qui avait le bon goût de la sortir de ses draps au moins quelques heures, mais qui impliquait des trésors de persuasion et de diplomatie.

Avant, perdre ses nuits à boire et danser lui paraissait déjà stupide – rien ne valait 3 heures de lecture (sur le muret au jardin de préférence, mais un fauteuil duquel on pouvait allonger les jambes irait aussi), mais au moins se préparait-elle avec bon cœur. Un regard furtif, une bousculade maladroite, le bavardage qui viendrait de la table d'à côté, de la cuisine, les lumières dans le taxi en retour, une fois passés les derniers métros, pouvaient éveiller sa curiosité. Et parfois on rentrait accompagnée, comme nous le savons déjà. Mais cela faisait des semaines qu'elle n'avait pas été à l'une des ces soirées agitées et dispendieuses (en bon sens, dignité, et indemnités de stage) le cœur léger. Des semaines qu'elle ne faisait plus rien le cœur léger, toute à son désespoir, dévouée à ses inquiétudes et à son anxiété.

Mais elles étaient probablement déjà là :terrées, tapies, attendant le meilleur moment pour se jeter sur leur proie, une jeune fille gauche, sans vraiment de blessure, qui écoutaient les palpitations de son cœur comme une vérité universelle. C'était l'amertume au réveil, occasionnelle puis continuelle, la fatigue qui sans raison se transformait en agitation, le sentiment que quelques soit nos stratégies et nos détours, le motif de notre existence – que ça soit la jalousie, l'excès ou la fuite, se jouait et se rejouait sous nos yeux, une audience zombifiée, pétrifiée devant cette constatation terrible. Cette existence, tout ce que l'on y fait de mesquin, de convenable ou d'indiciblement petit, il faudra la vivre encore une fois et encore d'innombrables fois. Chaque douleur, chaque plaisir, chaque pensée, chaque soupir, est là pour revenir. Alors, Lou, qui jusqu'ici n'avait pas encore beaucoup vécu, regardait par la petite fenêtre – sur laquelle le précédent locataire avait laissé des traces de peintures blanches en en repeignant le cadre, et elle regardait attentivement, avec beaucoup d'opiniâtreté ces traces, en se concentrant sur le relief qu'avait pris la peinture en séchant contre le verre, le coup de pinceau abruti que l'on pouvait encore deviner et elle se demandait, finalement, ce qui la saisissait le plus, l'absurdité totale de ce chêne, en bas dans son square, des nœuds que faisait depuis 134 ans son tronc, posé crânement dans tout son être, comme toutes les choses de ce monde alors qu'elles ne tenaient à rien, et pourrait disparaître, ou la hantise que tout revienne, suivant la même succession, le même enchaînement, y compris l'araignée sur le chêne, le bourdon qui ennuie les lecteurs sur leurs bancs, et les tâches de peinture sur les fenêtres que l'on repeint.

Avec le sentiment d'être mise au pied du mur, Lou claqua sa langue contre le palais, soupira une dernière fois, comme pour acquiescer.

mardi 11 octobre 2011

Il n'y a rien de spécial à dire : amoureuse, j'étais comme tout le monde. Le métro n'allait jamais assez vite jusqu'à chez lui, les heures de cours, les fesses coincées sur des chaises d'amphi qui claquent quand on se relève, étaient interminables, le taxi au retour était comme un territoire inconnu : je me repassais en boucle le son de sa voix, les phrases qu'il glissait, peut-être sans le savoir ni s'en souvenir, je me refaisais les scènes : comment était-on passé du canapé à son lit à la cuisine à son lit à la salle de bain à la porte d'entrée à son canapé à l'ascenseur ? J'étais connectée sur une autre fréquence. Celle où tu veux te réveiller plus tard pour être sûre qu'au lever tu risques de trouver un email, un inbox ou un sms.

Tapie, à l'affût du moindre geste, j'étais comme tout le monde c'est-à-dire complètement pathétique. Cette vie suspendue au rythme des rendez vous, des cafés, des déjeuners furtifs dans certains quartiers, pas dans d'autres, me laissait l'impression d'être rien d'autre qu'un corps disponible.

L. venait chafouin, me prenait contre lui comme si, de toutes façons, je ne pouvais vouloir que ça (le fait est que je ne voulais que ça et rien d'autre - mes cours gisaient, ça faisait 3 semaines que je m'étais pas montrée en macro-économie, et je validerai miraculeusement le droit public), glissait mes mains sous ma robe en la relevant - je m'obstinais à porter des robes, et Clara avait plein de choses à dire sur le sujet, il sentait la cigarette et je déposais mon manton contre les rebords, durs et droits comme la justice, du col de la chemise qu'il porterait ce jour là. Pas celle qu'on avait choisi ensemble le samedi qui précédait. Dans le magasin j'avais l'impression qu'il cédait à un caprice, consentait à me donner de l'importance.

En rentrant toutes les questions. En rotation lourde dans le cervelet : est ce que je représente quelque chose pour lui et si oui quoi ? A quoi il pense et est ce qu'il pense à moi, de temps en temps ? A ce rythme, ça devient rapidement rance et putride. Alors, souvent, quand j'avais atteint un taux de macération satisfaisant (2 tablettes de chocolat) je m'habillais en vitesse : la jupe de la veille, un pull qui traîne, et je filais dehors, me vider la tête, les pensées lourdes, à chaque inconnu que je dépassais d'un pas que je voulais leste et décidé, j'étais un peu plus rassurée : je suis là, j'existe, je sens quelque chose, et, de toutes façons il me dégoute quand il parle la bouche pleine.

vendredi 7 octobre 2011

how to live on nothing

Les jours se suivent. De plus en plus, en tout cas, c'est de plus en plus certain, j'ai envie que l'on me tire hors du monde, de toutes façons, c'est pas exactement comme si j'y allais de ma contribution. Être tiré du monde, ça c'est un programme : façon Augustin au livre X des Confessions, que j'avais lu en cours de latin un mercredi matin où j'avais daigné me lever, regarder l'heure et atteindre la fac, Augustin qui, spectateur d'un évènement dont il n'a pas de mot pour décrire l'horreur (un combat de gladiateur) espère que "la main de Dieu" va le tirer de toute sa force, lui et ses copains stoïques qui, malgré toute leur philosophie, ne résistent pas à l'abondance de sang, de sueur et à l'exaltation des sentiments que provoque le combat, et face cette avalanche de violence, Augustin n'a, comme moi, qu'un souhait : que Dieu le tire, donc, hors du monde, des vicissitudes, de la vérité approximative et surtout de l'obscurité. Mais bon nous sommes en 2011, et en 2011 on n'a pas la foi. On a Facebook et on réalise que nos amis sont cons, le reste du temps on réalise malgré nous l'ampleur de la misère sexuelle, il n'y a plus franchement d'obscurité, mais tout le monde déprime en silence.

Bref, que fait-on exactement de sa vie, des heures qui nous sont remises ? On les achète, ou, plus exactement on laisse des gens les acheter souvent, surtout. On ne se l'avoue qu'à demi-mots, pour mieux continuer, mettre un pied à peu près devant l'autre. Merci pour le cadeau.

Je suis désemparé devant mon angoisse. Je ne vois qu'elle. Mais la certitude d'en avoir fini bientôt, chaque jour après tout est un jour de moins, pourvu que ma solitude s'accorde à celle de quelqu'un d'autre, que nos névroses combinées nous mène quelque part, permet de regarder au loin. Chaque jour est un jour en moins.