dimanche 21 août 2011

stay away

Le matin se lève. Pas moi.

Je n'ai aucune envie de faire des efforts, spécialement aujourd'hui. Je m'auto-congédie du monde. Je laisse ma place vaquante : tout va bien, tout ira bien. C'est ça le tragique du monde : tu n'as rien d'unique vraiment, tu peux, tout à fait, vaquer, disparaîre, réapparaître. Être en pointillé. De toutes façons, franchement, soyons sérieux, qui est, tout le temps, du lever au coucher, de la prise de fonction au moment, salutaire, où l'on s'endort jusqu'au lendemain, jusqu'à la promesse d'une nouvelle journée, que l'on va encore déformer, gâcher, perdre de manière époustouflante, parce que "la vie" est une pute et qu'elle nous encule bien profond ? Est ce qu'on est dans le métro, station Vavin ? Est ce qu'on est quand on va faire des courses au Monoprix et qu'on hésite entre deux marques de yaourt ? Est ce qu'on est quand on dit bonjour à ses amis ? Est ce qu'on est quand on pleure le soir d'ennui de rage et d'insatisfaction ?

Plutôt que de me poser la question, je ne quitte pas mon poste d'observation favori, mon bunker, mon corps ankylosé à force d'être prostré, les secondes et les heures peuvent se dérouler quelque part où je ne serais pas car je n'ai rien à y faire. Peu importe.

"Peu importe" : on ne se le dit pas assez souvent, ou on ne le dit pas comme il faut. Peu importe car rien ne compte. On croit que tout importe, l'état des finances, la voiture qu'on conduit, l'heure à laquelle on part au travail en attendant nos jours de congés, mais en fait, vraiment, peu importe, rien de tout cela en tout cas. Rien n'importe sinon la gloire et ce sursaut dans le sang quand on effleure la nuque et comme rien de tout cela n'est au programme ce matin, je sèche.

La journée passera, dans un silence parfait que d'autres trouveront désespérant, seule face à mes humeurs, mes lacunes et l'inventaire de mes défauts. Je suis inconséquente, ça on le sait déjà, je suis frivole et légère, on le devine aisément, je ne m'applique que lorsque je le souhaite, et peu de chose rencontre ma grâce. Mais bon. Mieux vaut mourir incompris que passer sa vie à s'expliquer.

vendredi 31 décembre 2010

Elle et sa copine avait passé l'après midi à resasser des histoires de coeur mal foutues, j'écoutais en silence, autour de nous traînaient les lectures de l'été de la mère de Lou, toutes obsessionnellement cornées, et puis en étirant ses jambes, Lou disait, "c'est quand même plutôt facile, la vie, en général".

Cette assertion marquait la fin de la conversation, elle allait se préparer, rassembler ses affaires (jamais grand chose), qu'elle appelait "impedimenta", et, d'un pas leste, rejoignait son quartier favori : la plage face à l'océan. J'étais invité à la suivre.

Ce que j'aimais chez Lou c'est ce que j'y voyais : une fille qui n'a pas de filtre, complètement vraie et poreuse. J'étais tombé amoureux de sa nuque tendue, de ses yeux intelligents et de sa voix qui perçait l'air avec confiance. Elle n'était pas spécialement sûre d'elle, mais elle parlait avec simplicité et honnêteté. Quand elle s'entichait de quelque chose c'était toujours très simple et très certain. Par exemple, en ce moment c'était la mer. Alors elle regardait le port d'échouage devant lequel on passait en rentrant le soir, lorsque la lumière déclinait et faisait des reflets sur les voiles affalées, avec une émotion assez pure, comme une satisfaction générale et pleine, un peu dans le tragique. Elle reprenait sa route la mine haute, changeait de sujet rapidement : où fallait-il boire un verre ce soir ? mais impossible d'ignorer qu'elle avait repris son souffle un instant.

jeudi 30 décembre 2010

Je regarde le froid dehors. Je suis dans mes 5' où je somatise pas, ou à peine, où je suis une femme indépendante et les sentiments sont bourgeois. Où, en guise d'introspection je fais semblant de ne pas avoir de curseur moral. Bon, comme c'est récent, je ne parviens pas encore à savoir si cette nouvelle orientation de mon existence m'est profitable ou non. Ce n'est pas complètement désagréable d'avoir congédié le Politburo de la bonne conduite et de ne plus vraiment réfléchir aux conséquences (ou significations en fait) des actes et des paroles que je prononce, mais pour le moment, je ne sais pas encore si c'est pour moi.

La nonchalence, rentrer en taxi à tout bout de champ, ne pas arrêter de fumer, pleurer (à moitié seulement). J'essaye d'agir pour me donner une vague contenance, mécaniquement, je réponds et relance la conversation, sans en avoir quoi que ce soit à tirer des réponses, comme lui, je les écoute distraitement et je nous sens tristes, fatigués, las. Comme si l'essentiel n'était pas là. Les jours s'amoncellent, ma solitude augmente, les minutes s'égrennent de façon désordonnée et l'été paraît loin. Loin et ridicule. Je ne sais plus précisément ce à quoi me rattacher, puisque j'ai entrepris, dans mon élan d'indépendance à l'égard du monde et de mes 20 ans, d'arrêter la planification et les résolutions. Rien du tout à l'horizon, calme tranquille, encéphalogramme plat, si ce n'est le moment, précieux, pour lequel je suis assoiffée, où il effleure mon poignet. Rien de plus. J'aurai fait la parfaite héroïne d'un roman du 19è : je rougis quand on m'embrasse l'épaule. Je ne connais pas encore mon sort et je m'en fous, j'ai à chaque fois l'impression de me jeter quelque part et que seules m'accompagnent nos tristesses relativement mal accordées. Fidèles au poste, solidaires et dévouées.

Mais parce que c'est si agréable et que je ne recherche de toutes façons plus rien d'autre depuis des semaines, je décide que tout dans la vie est énergie, c’est ça ou bien les choses vous sucent comme des vampires.

jeudi 11 novembre 2010

- "Oui, ça dégringole et c'est chiant. J'en ai conscience.", je disais d'une voix à la fois lasse et excédée. J'ai toujours détesté être le centre d'attention, qu'on s'attarde trop sur moi, et spécialement sur mes humeurs. Elles ne valent pas le coût. Qu'il y accorde de l'importance en fait, ça me décevait. C'était indigne, inutile.
- "Mais il va falloir faire quelque chose. Tu ne veux pas continuer comme ça ?"
- "Quelle importance ? Je passe de bonnes journées"

Passer de bonnes journées, on va pas en chier des pages et des pages, ça me suffit.

Manifestement, l'argument a fait mouche, il se tait. En fait il me regarde l'air absolument atterré, et j'avoue que ça me fait bien rigoler intérieurement d'avoir formulé une telle réponse quand on sait précisément à quoi je consacre mes journées : on m'a par exemple vu pleurer au monoprix, je n'ai pas démélé mes cheveux depuis probablement 21 jours (date de la fête de Coline), une valise éventrée traîne dans ma chambre depuis mon retour de vacances. Bref, de bonnes journées ! Indéniablement.

Pas du tout habitée par ma crainte et mon obsession de ne pas le retrouver le soir. Prétendre pendant trois heures - nous sommes patients et des êtres d'une froideur exquise, qu'il ne m'attire pas, rester à 50 cm l'un de l'autre, sur deux sièges différents s'il le faut, pour fondre l'un sur l'autre finalement, à un moment critique, presque avec maladresse, et puis alors il m'embrasse de tout son corps et je brûle qu'il me déshabille. Une fois l'affaire faite, plus un mot. Par contre, il arrive que je pleure quand il va me chercher un verre d'eau.

Et quand je pleure, il pose fatalement la question : "mais ça va ?". Et c'est là que je réponds des trucs sur la dégringolade, la dépression, le fait que je fasse absolument n'importe quoi, mais, soit disant, les journées sont bonnes.

Alors que rajouter ? Je termine de m'habiller, je lève le menton haut, je fais mine d'être vexée par ses inquisitions (d'ailleurs, je suis vexée, savoir si je vais ou pas, c'est pas tellement la question), je me précipite vers la porte et le lendemain j'attends son appel, son signal, j'avale les stations de métro jusqu'à chez lui, toujours chez lui, et la journée commence enfin. La bonne journée j'entends.

Je boude et je râle, mais je crois que je suis amoureuse.

mardi 10 août 2010

Vacances à Londres

Un court week end à Londres, exclusivement dans l'Ouest de la ville. Pas de Brick Lane, Southbank, Camden au programme, tout juste un mini tour au marché/frippes de Shoreditch en fin de journée le dimanche. A la place, un désormais traditionnel petit déjeuner à Inn the Park, à peine débarquée de St Pancras, visite du Tate Britain (Turner, Sargant, Rossetti !), promenade à travers Chelsea, Hyde Park, South Kensington pour diner de thai food dans un pub à Hammersmith. Le lendemain, garden party pleine de britanniques à Wargrave. Pimms, BBQ, boats, cricket, glow sticks, midnight skinny dipping, bacon and eggs were included and repeated in various order.









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lundi 26 juillet 2010

mercredi 7 avril 2010

Je me souviens des premiers moments de collégienne, quand, gonflée de fierté, le nom d'un auteur que "tout le monde connaît" venait ponctuer tel un point final un extrait de texte. Et je lisais d'abord Flaubert, Voltaire puis Rousseau. Rarement je me sentais aussi grandie, comme adoubée.

Je me souviens de cet après midi de mai : 3 jours que je traînais ce sonnet de Shakespeare, rien, rien, je ne trouvais absolument rien à dire là dessus, et j'en ai quitté ma prépa.

Et aujourd'hui, à mon cinquième commentaire de Bergson en 1 mois, je réalise qu'à présent, il n'y a plus d'admiration, plus de vengeance à prendre, on est simplement devenus familiers : parfois on s'adore, et parfois, on s'ennuie.